Alors que les militants écologistes ne cessent de pointer du doigt l’inaction des pouvoirs publics et la surexploitation des ressources fossiles, la démarche RSE ne serait-elle pas en train de connaître des changements radicaux au même titre que notre planète ?

DÉVELOPPER UNE DÉMARCHE RSE RADICALE : UNE NÉCESSITÉ ?

 Radicalité, au sens politique, cette notion renvoie nécessairement à la volonté de bouleverser l’ordre établi. De ce fait, faire preuve de radicalité en matière de RSE amène à nous interroger sur notre part de responsabilité dans les problématiques environnementales que nous connaissons (le dérèglement climatique et l’érosion de la biodiversité). Cela s’accompagne d’une forte augmentation des inégalités qui rend encore plus complexe la compréhension des urgences environnementales.

Conscients que la RSE est un enjeu structurel qui concerne l’ensemble des entreprises françaises quelle que soit leur taille, les membres du Comité 21 (comité français pour le développement durable) ont rédigé en 2016 un guide pour mettre en place une démarche RSE à destination des TPE/PME. Pour Frédérique Lellouche, directrice du Comité 21 : « Il n’est plus possible compte tenu du dépassement des limites planétaires de rester dans une forme de business as usual, par peur du changement, confort ou manque d’imagination. » Toutefois, cette vision progressiste est loin de faire l’unanimité auprès de tous les acteurs ayant un impact environnemental.

Dans le rapport de l’observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises, il faut noter des discours divergents quant à l’approche de la RSE selon le secteur d’activité. Alors que les travailleurs du public veulent s’attaquer aux conséquences environnementales de manière radicale, les salariés du privé sont plus réticents par rapport à cette nouvelle approche de la RSE. En effet, pour Mikaël Lemarchand, directeur de l’Engagement social, territorial et environnemental et directeur du Projet d’entreprise de la SNCF, il s’agit de « traiter un sujet à la source et cela implique de ne pas hésiter à bouleverser, déranger, remettre en cause ». En revanche, selon Céline Soubranne, directrice ESG d’AXA Investment Managers « l’adoption d’un point de vue extrême et l’exigence d’une forme de pureté absolue et immédiate qui caractérisent la radicalité sont incompatibles avec le rôle transversal d’un responsable RSE ».

C’est en ce sens que les acteurs du privé estiment que radicalité rime avec extrémisme et que ce nouveau paradigme lié à la démarche RSE divise profondément la société alors que la préservation de la biodiversité relève de logiques communes. En se détachant des concepts de croissance verte, de techno-solutionnisme ou de décroissance, la RSE radicale pourrait parvenir à éradiquer le green-washing notamment parce qu’elle est de plus en plus populaire auprès des jeunes générations qui ont intériorisé l’urgence environnementale.

La RSE a également des effets sur les attentes de la nouvelle génération de diplômés. Ces derniers sont de plus en plus sensibles aux politiques ESG (critères Environnementaux, Sociaux et de bonne Gouvernance des entreprises). Selon le collectif « Pour un réveil écologique », deux tiers des 18-30 ans se disent prêts à refuser un emploi au sein d’une entreprise dont la politique ESG va à l’encontre de leurs valeurs.

Trop radicaux, les discours alarmistes pourraient tout de même conduire à de nouvelles formes de greenwashing.  Ce dernier répondrait à des préoccupations environnementales de chaque instant pour Hélène Valade, directrice Développement environnement chez LVMH. Pour résorber ce problème, pour Céline Soubranne, il s’agit notamment d’établir une chaîne de transition écologique reliant la décision des pouvoirs publics aux comportements individuels en passant par les entreprises. Les débats autour du greenwashing sont tels qu’ils conduisent parfois les entreprises très vertueuses à rester silencieuses sur leurs pratiques éco-responsables. C’est notamment le cas de l’entreprise de textile Café Costume qui refuse d’être associée à cette étiquette purement écologique souhaitant ainsi banaliser ses actions.

En ce sens, pour éviter que les entreprises vertueuses tendent à se désolidariser du combat écologique, il est plus que jamais nécessaire de mettre en place des formations pour sensibiliser les acteurs de demain à la démarche RSE. C’est l’un des enjeux poursuivis par la Junior Entreprise de Sciences Po Lille.

DÉMARCHE RSE ET SCIENCES PO LILLE JUNIOR CONSEIL

Convaincue que la formation est un pilier pour faire face aux défis contemporains de durabilité, Sciences Po Lille Junior Conseil (SPLJC) a pleinement intégré la formation des étudiants au cœur de sa stratégie à long terme. Dans le cadre du partenariat avec CGI Business Consulting plusieurs journées de formation sont organisées chaque année. Elles bénéficient à la fois aux membres de la Junior Entreprise mais plus largement à tous les étudiants de Sciences Po Lille. En octobre 2022, Sciences Po Lille Junior Conseil a notamment proposé aux étudiants des simulations d’entretiens pour se préparer au mieux à la recherche de stage dans le domaine du conseil aux organisations. 

En parallèle, l’association propose des formations réalisées en interne à destination des membres de la Junior Entreprise (JE). En novembre dernier, le pôle activité commerciale a suivi une journée de formation sur le thème de la prospection commerciale. Il s’agissait notamment de comprendre les principales étapes liées à la préparation d’un rendez-vous commercial en s’appuyant sur plusieurs argumentaires de vente (APB, FOCA). De plus, pour améliorer la coordination au sein de la Junior Entreprise et permettre aux membres de collaborer efficacement, Joséphine Cresson (Secrétaire Générale et Responsable Ressources Humaines de la JE) a organisé un atelier de formation sur les outils numériques utilisés par notre association (Slack, Canva, Excel…).

Persuadée que les enjeux de RSE sont cruciaux pour l’avenir des organisations, Sciences Po Lille Junior Conseil a conçu un atelier de formation RSE participatif. À destination de l’ensemble des membres de SPLJC, cette formation permet à l’association de se doter de véritables compétences en matière de finance durable, de communication responsable et de management responsable. 

Forte d’une expertise dans divers domaines, Sciences Po Lille a renforcé son offre de formation en lien avec la démarche RSE. En effet, différents masters de notre école répondent à cette exigence. Le Master Management Responsable des Entreprises propose aux étudiants une nouvelle approche de l’entreprise et vise à inciter les étudiants à se montrer soucieux des équilibres humains et environnementaux en leur enseignant de nouveaux modèles d’affaires. Le Master Politique Écologie et Soutenabilité vise à former des futurs acteurs de la transition économique, écologique et sociale en associant limites planétaires et enjeux de développement soutenable. Enfin, le Master Gouvernance des Territoires Urbains prépare les innovateurs de demain à concevoir des espaces urbains responsables en tenant compte des crises, climatique, énergétique, démographique mais aussi sanitaire. Réinvestis auprès de nos commanditaires, les apprentissages délivrés par notre école constituent une réelle valeur ajoutée pour accompagner les organisations dans le développement de leur stratégie RSE.

 

Arthur Nicolas, chargé éditorial chez Sciences Po Lille Junior Conseil