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La cour des comptes épingle l’université de Lille

Chaque début d’année, journalistes, observateurs économiques et politiques frémissent dans l’attente de la publication du rapport annuel de la Cour des comptes. Politiques et dirigeants de structures publiques tremblants à l’avance de s’y voir épingler par les sages de la rue Cambon. Cette année, pas moins de 38 pages sont consacrées à la désormais plus grande université de France, née d’une fusion en 2018.« Mal préparée », la gestion de fusion des universités lilloises est ainsi définie par les magistrats publics. Dénoncé dans sa dimension de course au label, l’ambition académique du projet reste encore à définir.

 

Un projet aux ambitions contradictoires.

La cour insiste ainsi sur les fondations bancales d’un projet de fusion initié pour tenter de conjuguer des objectifs pourtant peu liés. D’une part la recherche de labels gouvernementaux dits d’excellence, promesses de crédits, d’autre part le regroupement territorial demandé par la loi pour l’enseignement et la recherche de 2013.

Les résultats sont pour le moins décevants. Le label obtenu finalement après quatre échecs fut un I-Site, moins prestigieux qu’un IDEX[1]. Sans discuter ici du caractère sibyllin des critères guidant l’accord par les jurys de ces labels, la Cour insiste : « Le label I-SITE n’est pas une fin en soi : il ne peut être que le point de départ d’une dynamique académique et scientifique qui reste à soutenir. »C’est le manque d’horizon stratégique qui est ici critiqué.

Un géant académique aux pieds financiers d’argile.

69000 étudiants, 560 millions d’euros de budget. Un côté face qui impressionne, par l’ordre de grandeur qualifiant la nouvelle université. Face à l’ampleur du projet, le socle financier se devait d’être solide. Hors, la Cours note des contraintes structurelles n’ayant pas été réglées. Ainsi, malgré un plan de redressement voté en 2014, l’université Lille 1 n’a pas su engager de réelles économies structurelles avant la fusion. C’est notamment la masse salariale qui est visée, ainsi que le temps de travail inférieur à la durée légale du personnel non enseignant.

D’autre part, la Cour note des comportements « individualistes » étant intervenu juste avant le regroupement. Lille 2, présentant les meilleurs résultats comptables, a ainsi procédé à des investissements massifs. Autant de budget en moins pour gérer le coût de la fusion, évalué « entre 5 et 6,5 millions », l’État ne compensant qu’à hauteur de 2,5 millions. Le résultat : une situation financière très préoccupante et un premier budget « fusionné » bouclé avec un déficit de 6 millions d’euros.

L’horizon « Université Lille Nord Europe (ULNE) » : l’occasion de réformes ?  

Le projet initial devait être suivie d’une entreprise encore plus ambitieuse, la création, en dix ans, de l’Université de Lille Nord Europe (ULNE) censée figurer parmi les principales universités européennes et prévue pour 2022. C’est à ce titre que le label I-Site a été accordé, et le non-respect des délais pourrait alors entraîner son retrait. La Cour propose ainsi une redéfinition de l’offre universitaire régionale : les universités du Littoral, d’Artois et de Valenciennes devant aujourd’hui accomplir les mêmes missions que celle de Lille. L’absence de prise en compte des économies d’échelle et des effets de taille impactant in fineles étudiants, notamment via l’offre de formation mérite alors une réflexion portant sur un meilleur partage des compétences.

La perspective d’une répartition de celles-ci à l’échelle régionale semble donc une nécessité, pour enfin placer « l’étudiant au cœur du dispositif ».

 

[1]Les Initiatives d’excellence (IDEX) font partie des « investissements d’avenir », programmes d’investissement de l’État français dont le but est de créer des ensembles pluridisciplinaires d’enseignement supérieur et de recherche de rang mondial. Accordées par des jurys internationaux, ils permettent d’accéder aux subventions du programme d’investissement d’avenir.